Le tout premier

Un soir de 1988. Sur le bureau paternel trône un objet fascinant : une boîte beige avec un petit écran noir. Toute la soirée, le gosse de huit ans que je suis a les yeux rivés sur les feux d’artifices qui éclatent les uns après les autres sur l’écran. Dès le lendemain, sous la bienveillante surveillance paternelle, je découvre quelques-unes des possibilités de cette petite boîte beige. Je me mesure à des êtres étranges dans les bas-fonds du Shufflepuck Café, je casse des murs de briques, je largue des types depuis un hélicoptère. Je suis conquis ! Puis le geek en devenir qui sommeille déjà en moi se réveille pour la toute première fois, dès que mes parents me laissent – très temporairement – seul à la maison, avec la petite boîte beige. J’avais compris comment allumer la machine, et qu’il fallait cliquer deux fois sur les petits dessins pour qu’ils s’ouvrent. J’ai recommencé à casser des briques, longtemps, jusqu’à ce que mon bonheur soit interrompu par ma première désillusion informatique. L’ordinateur s’est bloqué, affichant une phrase incompréhensible pour pour un gosse de huit ans : «You made a new high score! Please insert your name.» J’ai cliqué frénétiquement partout, sans succès, jusqu’à ce que mon père rentre et me trouve en larmes, assis à son bureau, regardant fixement les feux d’artifices exploser sur l’écran. Remontrances paternelles. Expérience initiatique, fondatrice d’une détermination à (presque) toute épreuve pour sortir tout seul mes Macs de la gonfle, quitte à y passer la nuit.

Texte piqué dans l’introduction d’un article que j’avais écrit il y a quelques années pour cuk.ch.